Home is not home is home

« Maison », en italien se dit « casa », en anglais « home ». Lorsqu’on est loin de chez-soi, en italien on peut dire “sento la mancanza di casa”, littéralement “je ressens le manque de la maison”, en anglais “I am going back home” signifie « je rentre à la maison », pour parler du retour au pays, chez les siens, chez-soi.

À mon oreille, si je dis “je rentre à la maison”, en français, un vide se forme, je n’entends pas le même enveloppement.

“Maison”

Le mot me semble défectueux, amputé d’une pluralité sémantique que je ressens dans les deux autres langues que je parle. Le mot me semble manquant de ce sentiment conjugué de l’appartenance à un territoire, une géographie, à un chez-soi culturel collectif faits de traditions, d’ancêtres, autant qu’à un chez-soi intime, mémoriel, strictement personnel et tout autant qu’à un habitat matériel et strictement physique fait d’objets amassés, d’architecture particulière, de témoins du goût et du vécu.

Parfois la vie prend des chemins de traverse et nous propulse dans des ailleurs incertains et inattendus.

Que garde-t-on lorsque la possibilité du retour perd son repère spatial stable et fixe, quand un refuge qui nous est propre cesse brutalement d’exister physiquement ?

Depuis 2018 je n’ai plus “ma maison”, un “chez-moi” qui réunisse toutes les facettes de l’habitat.
Depuis, des lieux et des personnes accueillent ma vie, devenue dans une certaine mesure errante mais foisonnante de “chez-nous” et de cocons temporaires. Que retenir de ces lieux, de ces espaces-paniers où l’on se dépose, avec son corps et son histoire ? Pour moi, ils interrogent une énergie, l’énergie centrifuge, le mouvement du partir et questionnent sur le déracinement, la fuite, l’éloignement d’un prétendu centre, d’un terreau où s’enraciner. Avec elle, se pense alors son pendant : le refuge. Ces maisons qui croisent ma route sont des retranchements qui accueillent la solitude, qui la protègent à un moment donné et qui l’enrichissent.

Cette série tente d’honorer ces lieux, car quand les refuges n'existent pas "l'envie de mourir remplace l'idée de fuite".

Focalisées sur la magie suspendue dans les instants de bienveillance du jour et des êtres, les images cherchent à communier avec les lieux qui ont fait de la place à mes errances, à travers la France et l’Italie.


Photos prises à Genova, Mestre, Metz, Marseille, Toulon, Lixy, Modena, Paris, Clichy, Bassano del Grappa, Nantes, La Baule, entre 2018 et 2020, photographies argentiques tirées au format 24x36 sur papier fine art.